Côte d'ivoire: Législatives en Côte-d’Ivoire: Quand la menace s’appelle «dissidence»
Source : Autres Presses : Dernière Mise à jour : 13/12/2016
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A – Les Partis politiques à l’épreuve de la « démocratie interne » :
1 – Rappel historique.
À l’époque du régime du « Parti Unique », le Président Félix Houphouet-Boigny, déclarait au cours d’un Conseil National, que « le train de la démocratie était en panne », et qu’il convenait de ne pas le laisser « à quai en gare ». On a parlé alors « de remettre les pendules à l’heure », en commençant par le Parti, au Président Houphouet-Boigny d’annoncer dans une adresse mémorable à la Nation, qu’il n’y aurait plus de liste d’investiture au Parti, tout citoyen pouvant désormais se présenter librement à la compétition électorale de son choix. Il ajouta « qu’on ne peut pas désigner dans un village, de l’extérieur ou par un tiers, qui est le meilleur tisserand de ce village, les villageois savent mieux que quiconque, qui des leurs est le meilleur, car on apprend pas à tisser à un tisserand ». Les conséquences de la mise en œuvre de cette directive, ne se firent pas attendre. Ce fut un véritable « tsunami ». La configuration du Parlement fut entièrement remodelée. La grande majorité des députés précédemment investis par le Pari Unique fut balayée. La démonstration d’une part, que le Parti était en déphasage avec sa base, et d’autre part, que lorsque la démocratie s’exprime pleinement, le peuple est représenté de manière plus fidèle, était éloquemment administrée.
Aujourd’hui, faute d’une telle directive formelle, faisant office de primaire (effet de mode) grandeur nature, la base semble s’être appropriée, dans un mouvement insurrectionnel, l’esprit et le principe de celle-ci, à un niveau tel, que la participation des candidats indépendants, constitue le phénomène dominant de ces élections locales, au point de devenir une sérieuse menace pour la majorité sortante (Le Président Alassane Ouattara qui l’a très bien perçu, a été dans l’obligation de demander au peuple de lui accorder une majorité, à l’issue de cette consultation électorale, pour lui permettre de poursuivre sereinement l’application de son programme de Gouvernement).
Si l’histoire devait se répéter, la Direction du RDHP aura pris un risque démesuré devant ce défi, car il ne s’est aménagé aucune porte de sortie (réconciliation après les blessures de la compétition, discipline de rassemblement au second tour, mécanismes de désistement en faveur du candidat le mieux placé, pour faire barrage à l’adversaire commun). Faute de capacité d’écoute, aura t-il au moins la sagesse de reconnaître, au vu des résultats prochains, son erreur d’appréciation et sa responsabilité, et d’en tirer tous les enseignements pour les prochaines élections (l’unité ou un consensus est plus facile à réaliser pour une candidature présidentielle).
2 – Gestion interne des contradictions :
Tous les Partis sans exception font face en ce moment, soit à de problèmes de cohésion, soit de discipline, qui traduisent des sensibilités différentes en leur sein. Ces différences au lieu d’être prises en compte pour ouvrir un débat interne, sont maladroitement étouffées au nom de l’unité et de la disciple du parti, ou encore de l’obéissance ou de la fidélité servile due à la ligne tracée par un leader charismatique (Gbagbo, Bédié, Ouattara, Anaky, etc. Il n’y a rien de démocratique ni de rationnel dans ce phénomène de confiance aveugle accordée à ceux-ci. C’est une question de psychologie, de culture, et de mystification.). Lorsque ces différences persistantes aboutissent à des dissidences insurmontables ou à des fractures ouvertes, elles sont sanctionnées par une exclusion, ou un recours aux tribunaux. Rappelons qu’un parti est une entité morale dotée de la personnalité juridique, et qu’à ce double titre, elle est un sujet de droit, donc un justiciable, comme n’importe quelle autre. Lorsqu’un conflit surgit entre elle et un tiers, ou en son sein, et que les parties en conflit, sont contraires dans leurs intérêts ou dans l’interprétation des textes qui fait force de loi entre elles, il appartient à la compétence de la Justice de dire le Droit pour mettre fin à ce conflit. La Justice ne se mêle pas de son propre chef, de ses affaires internes ou de son bon fonctionnement, elle est saisie à l’initiative des parties concernées, aux fins de dire le Droit. Ne pas le reconnaitre relève de la mauvaise foi, ne pas le savoir relève de l’ignorance. Que le Droit ait été dit ou pas, est une autre question. La tradition démocratique est de ne pas remettre systématiquement en cause les décisions de Justice, au motif qu’elle ne nous satisfait pas, ou qu’elle est disproportionnée ou injuste (abus de droit, incohérence, extravagance) sous peine de ruiner les fondements de la légitimité d’un État (discrédit de l’institution, atteinte à l’autorité de l’état, rupture de l’ordre républicain).

Ceci dit, la preuve de l’incapacité de la direction de ces partis à gérer démocratiquement leurs divergences intérieures est ainsi apportée. Elles ne reconnaissent pas en leur sein, la contradiction comme une source d’enrichissement, à plus forte raison, l’existence officielle et la libre expression de courants ou de sensibilités différentes, qu’elles accusent de déviance. Aussi, elles n’organisent pas en leur sein des structures de débat (libre expression des sensibilités et représentation adéquate de celles-ci dans les instances de direction, en fonction de leur poids) et de synthèse (Congrès). On préfère parler de trahison, de désobéissance et de corruption, c’est plus facile. Dès lors, il est manifeste que parvenus au pouvoir, ces mêmes partis, poursuivent ce même type de comportement (exigence d’obéissance servile, autoritarisme, trafic d’influence, intolérance à la contradiction, intérêts partisans, exclusion, culte de la personnalité)
B – Impact des législatives à moyen terme.
Nous pourrions être à la veille d’un bouleversement de l’échiquier politique (résultat de l’élection législative en cours, schéma successoral au sommet de l’État, curseur sur les perspectives de 2020) avec une reconfiguration du paysage politique (éclatement et déclin des partis, rééquilibrage des forces en présence, apparition de nouvelles synergies, renouvellement du personnel politique). Une nouvelle génération de politiques (jeunesse, culture, références, niveau intellectuel) rentre naturellement dans le processus d’articulation de l’histoire. Une page de l’histoire est en train de se tourner, sans heurts majeurs, à part les lourdeurs et les obstacles dressés à l’intérieur des partis et de la Haute Administration. Les femmes prennent de plus en plus leur place dans l’espace politique, et les leaders qui ont succédé à « l’ère Houphouet-Boigny » sont sur leur déclin (limites d’âge, réduction d’influence du fait qu’ils ne représentent plus l’avenir). Les conditions et les réalités socio-politiques sont en train de changer. Les entrepreneurs politiques sont obligés de s’adapter au mouvement de l’histoire, au nouvel environnement qui se structure autour d’eux, sous peine de disparaître.
Dans cette perspective, tous les partis sont menacés, à commencer par le RDR, le PDCI_RDA et le FPI, qui n’ont pour fond de commerce que leurs leaders charismatiques respectifs. Ce type de propagande tient sur une génération, voire deux, mais pas sur une troisième. La mémoire collective s’amoindrie au fur à mesure de la distance temporelle et physique. Les deux premiers devront leur salut à la survie et la solidité de leur alliance, voire de leur fusion future. Le second qui souffre de ses divisions internes, qui peine à renouveler son discours politique, qui s’enferme dans une attitude passéiste, n’a pas récupéré toutes ses forces et n’est pas en mesure d’élaborer une offre politique réaliste et viable. Le RDR et le FPI trainent derrière eux un bilan clivant, qui à certains égards joue contre eux. Le salut du RDR, une fois de plus, pourrait venir de la réussite du programme d’action du Président Alassane Ouattara, abandonné à lui-même, tandis que toute l’attention des acteurs est focalisée sur l’échéance de 2020, non plus comme une échéance économique (l’émergence), mais comme une échéance politique (l’élection présidentielle). Les petits partis retrouveront leur place et seront « phagocytés » en fonction de leur poids. Ils pourront gagner leur salut et leur indépendance, par la formation de nouvelles alliances, allant de la Gauche à la Droite en passant par le Centre.
Dans l’immédiat, la surprise de taille est la candidature du Premier Ministre Daniel Duncan à la députation (candidature à un premier mandat électif, pour une personne en retrait de la politique politicienne). Que l’initiative soit personnelle ou inspirée par le Pouvoir (Présidents Bédié et Ouattara), elle a de quoi surprendre. Que pourrait bien faire M. Duncan à l’Assemblée Nationale ? Diriger l’Institution ? Le Président Guillaume Soro n’est assuré de retrouver son siège, sauf perte de majorité, que si le PDCI et le RDR le veulent, autrement dit, par sorte de raccourci, si les Président Bédié et Ouattara le veulent bien. Même dans l’hypothèse d’une perte de majorité, il n’est toujours pas assuré de le retrouver. Il n’a pas encore de force propre ou d’appareil pour le lui assurer. Une telle éventualité, le placerait dans l’obligation, de créer son propre parti (transformation de ses réseaux de soutien en une formation politique), pour rester dans la course). En a t-il les moyens (humains, financiers, rapports de force) ? Dans l’esprit de nos dirigeants (Les Présidents Bédié et Ouattara) le profil du Vice-Président, comporte-t-il une certaine légitimité du suffrage universel, auquel cas la qualité de député devient indispensable, comme une étape préparatoire incontournable. Dès lors, la candidature de M. Duncan Daniel s’expliquerait, et serait un indice révélateur, en faveur de son éventuelle nomination au poste de Vice-Président, d’autant plus qu’il n’a pas d’ambition présidentielle, et qu’en 2020 il sera frappé par la limite d’âge. Par ailleurs, il est assez consensuel, en raison de sa discrétion et de sa neutralité. Autre avantage, une telle nomination permettra de contenir les ambitions des uns et des autres, de « neutraliser » le poste, et permettrait de donner du coup, le poste de Premier Ministre à un véritable militant du RDR , issu du sérail (partage équitable du Pouvoir entre les partis de l’alliance du RDHP).
La jeunesse en accédant au pouvoir, aura besoin de parrain et de tuteur pour faire ses classes. Le problème du futur, est la formation politique de cette jeunesse inféodée aux partis politiques classiques (Meeci, Fesci, Jeunesse de parti) et parfois indépendante. Sera-t-elle en mesure de reformer les habitudes, de se départir de certaines autres (violence, populisme, suivisme) ? Elle est porteuse d’un espoir, et le fait de prendre ses responsabilités dès ces élections, est en soi encourageant. En revanche, elle ne doit pas oublier qu’on ne développe pas un pays que par la politique.





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