SUITE À LA FERMETURE DE LA PRESSE DE L'OPPOSITION Les Journaux Bleus appellent à des mouvements contre Raphaël Lakpé
Source : panafricain.com : Dernière Mise à jour : 15/12/2016
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« A quelque chose malheur est bon », dit l’adage. A force de suspensions farfelues et arbitraires, M. Raphaël Lakpé vient de remettre les Patrons des journaux de l’opposition ensemble. Réunis dans une « Coalition des Journaux Bleus (CJB) », MM. César ETOU (La Voie Originale, porte-parole de la Coalition), Joseph Titi (Aujourd’hui), (Allan Aliali (Le Quotidien d’Abidjan), Yacouba Gbané (Le Temps, LG’Infos) et Stéphane Bahi (Le Nouveau Courrier), viennent d’animer une conférence de presse au siège du quotidien Le Temps. Ils annoncent une campagne et des actions contre les suspensions arbitraires de leurs journaux et invitent tous autres Patrons de presse et leurs journalistes à se joindre à eux pour combattre et faire cesser les attaques de Raphaël Lakpé sur la liberté d’opinion garantie aux médias par la loi de 2004. Ci-dessous la déclaration liminaire très fouillée, lue par M. César ETOU.
 
 Coalition des Journaux Bleus (CJB)
 
 Déclaration suite aux dernières
 suspensions arbitraires des journaux
 de l’opposition en Côte d’Ivoire
 
 I-              Les Faits
 
    Par trois décisions portant les numéros 077, 078 et 079 du 6 décembre 2016, le Conseil national de la Presse (CNP) a infligé des suspensions respectivement aux quotidiens La Voie Originale (26 parutions), Aujourd’hui etLG Infos (7 parutions). L’organe de régulation de la presse imprimée ivoirienne reproche à ces trois journaux les délits suivants :
 
 1-      Pour le quotidien La Voie Originale, (décision n°077)
 
    Avoir continué de soutenir, après une suspension de 15 parutions en octobre 2016 pour le même motif, que « M. Laurent Gbagbo est président du Front populaire ivoirien (FPI) depuis le 3ème Congrès extraordinaire tenu par ce parti, le 30 avril 2015 ; qu’en son absence,  le FPI a pour président intérimaire M. Sangaré Abou Drahamane, etc., et que cette décision du 3ème congrès extraordinaire du FPI n’a jamais été contestée ».
   Il est bon de rappeler que le 19 octobre 2016, le quotidien Aujourd’hui a été également suspendu de 15 parutions, comme La Voie Originale, pour avoir écrit ces mêmes informations sur le FPI (nous y reviendrons).
 
 2-      Pour le quotidien Aujourd’hui, (décision n°078)
 
   Avoir publié des photos de personnalités de l’opposition emprisonnées dont l’ancienne Première Dame, Simone Ehivet Gbagbo, le Général Bruno Dogbo Blé, l’Amiral Vagba Faussignaux, le Commandant Séka Yapo Anselme dit Séka Séka et Me Patrice Bailly, et « avoir qualifié ces personnalités de prisonniers politiques ».
 
3-      Pour le quotidien LG Infos, (décision n°079)
 
   Avoir publié des photos de personnalités de l’opposition emprisonnées dont le Président Laurent Gbagbo, son épouse Simone Ehivet Gbagbo, Charles Blé Goudé, Lida Kouassi Moise, Hubert Oulaye, Assoa Adou, Koua Justin, Dahi Nestor  et Me Patrice Bailly, et « avoir utilisé le terme de détention arbitraire ».
 
   Par ailleurs, des courriers de mise en demeure et de menaces sont servis en abondance par le CNP aux autres journaux de l’opposition non encore suspendus, les mettant tous en situation de précaire sursis.
  
 II-         Nos observations et analyses
 
    De ces suspensions et menaces de suspensions, découlent les six (6) observations majeures suivantes :
 
 1.  Les journaux sanctionnés sont tous proches de l’opposition, principalement du groupe des journaux dits « bleus » en Côte d’Ivoire, ce qui tend à montrer que M. Raphaël Lakpé et notre organe de régulation qu’il préside ont décidé d’une répression ciblée contre les Journaux Bleus ;
 
 2.  Cette répression se fait sans règle et sans procédure, pourvu qu’elle frappe un Journal Bleu : Ainsi, pour se donner les moyens de frapper, M. Lakpé a envoyé au quotidien LG’Infos une mise en demeure sur le terme « prisonnier politique » alors que ce journal n’a jamais employé ce vocable. Qu’à cela ne tienne, M. Lakpé a suspendu LG’Infos pour avoir employé le terme « détention arbitraire », car selon lui, le terme « détention arbitraire » a la même signification que le terme « prisonnier politique » ! LG’Infos a donc été suspendu sans avoir jamais reçu d’interpellation, d’avertissement, de blâme ou de mise en demeure sur ce vocable. Le tort de LG’Infosest donc celui d’être un« Journal Bleu », peu importe ses écrits, il est passible de suspension ;
 
 Chers amis des médias,
   Profitons de ce dérapage avéré du président Lakpé pour réfléchir un peu sur les motifs qu’il brandit pour suspendre nos journaux. Car, la nouvelle panoplie des vocables interdits par Lakpé est très symptomatique du danger que le président du CNP fait planer sur nos entreprises. Ces termes interdits sont : « Prisonnier politique » ; « Détention arbitraire » ; « Dictature » ; « Gbagbo, président du FPI depuis le 3èmecongrès non contesté de ce parti… » ; « M. Sangaré assure l’intérim de M. Gbagbo du fait de l’absence de ce dernier ».
   Pour mémoire, nous rappelons que M. Lakpé a entamé cette misère au CNP dès sa nomination en 2012. A cette époque, les vocables interdits étaient les suivants : «le nom Dramane dans Alassane Dramane Ouattara, ADO» ; « Guillaume Soro Kigbafori, ancien chef rebelle » ; « Aké N’Gbo, dernier Premier ministre du président Laurent Gbagbo », etc.
 
 3.  Cette répression aveugle coïncide avec la période des élections législatives du 18 décembre en cours. Elle confirme la nature arbitraire et l’objectif politique des suspensions de 15 parutions infligées, dans la période de l’élection référendaire du 30 octobre 2016, aux quotidiens La Voie Originale et Aujourd’hui ;
 
 4. Cette répression arbitraire ne vise pas les fautes professionnelles, parce qu’il n’y en pas à sanctionner. Raphaël Lakpé réprime la libre expression de l’opinion dans les journaux de l’opposition au détriment de la pluralité des opinions garantie par la loi n°2004-643 du 14 décembre 2004 portant régime juridique de la presse. Cette loi stipule, en son article 39, alinéa 2, que «Le Conseil National de la Presse veille au respect des règles relatives à la création, à la propriété, aux ressources et à la déontologie de l’entreprise (…) ainsi qu’au pluralisme de la presse » (pluralisme = diversité de titres et de lignes éditoriales, diversité des opinions).
 
 5. Ces suspensions illégales sont inventées de toutes pièces. C’est un plan diabolique de Raphaël Lakpé  pour museler la presse de l’opposition, surtout dans les périodes de grandes activités sociopolitiques, comme les législatives du 18 décembre prochain, après le scrutin référendaire du 30 octobre 2016 pendant lequel La Voie Originale et Aujourd’hui ont été fermés ;
 
 6.  Enfin, ces fréquentes suspensions visent à tuer économiquement les journaux de l’opposition en les fermant dans les moments de grandes ventes commerciales, mettant ainsi la vie des journalistes en danger dans ces entreprises.
 
 Pour être plus complet sur les derniers motifs farfelus brandis pour tuer nos journaux, retenez que lors des rencontres de chacun de nous avec lui :
 
 -          M. Lakpé soutient que « le dictateur est celui arrive au pouvoir par un coup d’Etat ». Ici, le vieux journaliste Raphaël Oré Lakpé oublie que feu Adolph Hitler a été élu Chancelier avant de devenir le pire des dictateurs que le monde ait connus !
 -          M. Lakpé soutient encore, et il l’écrit noir sur blanc, que « le prisonnier politique est le détenu qui n’a pas été condamné par un tribunal pour un délit de droit commun». Ici aussi, le journaliste Lakpé oublie que feu Nelson Mandela, arrêté en 1962, jugé et condamné aux travaux forcés à perpétuité en tant que responsable de la branche armée de l’ANC et menant une campagne de sabotage contre les installations publiques et militaires, donc pour un délit de droit commun, fut le prisonnier politique le plus célèbre et le plus célébré au monde.
    En Côte d’Ivoire, suite aux évènements du 18 février 1992, le député Laurent Gbagbo et plusieurs autres parlementaires, ainsi que des responsables d’organisations de défense des droits humains ont été arrêtés, jugés et condamnés comme co-auteurs de casses. M. Raphaël Lakpé, alors rédacteur en chef du Groupe Le Nouvel Horizon, les a présentés dans ses écrits comme des prisonniers politiques jusqu’à leur libération. C’était sous un certain Premier ministre appelé Alassane Dramane Ouattara. Ce Lakpé-là était-il un ignorant à cette époque ?
 
 -          Enfin, selon M. Lakpé, la justice reconnaissant M. Affi N’Guessan comme président du FPI, tout journal qui rapporte que le 3èmeCongrès extraordinaire de ce parti a désigné M. Laurent Gbagbo comme président du FPI doit être fermé, car cela « entretient un bicéphalisme à la tête de ce parti ». Pourtant, la même justice reconnaît M. Alexis Vagba comme président de l’Africa Sports, et M. Lakpé ne ferme pas les médias (journaux et RTI compris) qui désignent M. Koné Cheick Oumar comme président de cette organisation sportive. Ces journaux n’entretiennent-ils pas le même bicéphalisme tant redouté par Lakpé. Pourquoi ce deux poids deux mesures ?
 
 III-   Notre position
 
    Face à ces dérives répétées du CNP, les Editeurs et Directeurs des publications, victimes de ces sanctions inacceptables, arbitraires et attentatoires à la liberté de la presse pourtant garantie par la loi, réunis le jeudi 8 décembre 2016 au sein du regroupement dénommé laCoalition des Journaux Bleus (CJB) :
 
 -          Félicitent tous les journalistes de la Coalition des Journaux Bleus pour leur professionnalisme. Car grâce à la propreté de leurs écrits, M. Lakpé et le CNP, sevrés de fautes professionnelles à sanctionner, mordent désormais dans le ridicule flagrant délit des « sanctions arbitraires », comme le soutient Amnesty International. M. Lakpé agit en totale violation de la pluralité d’opinion que la loi oblige le CNP à garantir ;
 -           Exigent la levée immédiate et sans condition de ces suspensions arbitraires et sauvages, et la cessation de toute sanction de cette nature dirigée contre les Journaux Bleus ;
 -          Interpellent toutes les organisations professionnelles des médias nationaux sur ces atteintes graves à la liberté de la presse et les invitent à contribuer à arrêter cette jurisprudence dangereuse, la répression illégale de la liberté d’opinion, que fait planer le président Lakpé sur notre profession ;
 -          Décident de se donner tous les moyens professionnels, légaux et juridiques pour combattre ces nouveaux dérapages regrettables de M. Lakpé qui renoue avec ses suspensions farfelues de 2012 contre les Journaux de l’opposition.
 
   En conséquence de ce qui précède, la Coalition des Journaux Bleus entame, avec la présente conférence de presse, une campagne de protestation vigoureuse contre les dérapages de Raphaël Lakpé, à travers les activités suivantes :
 
 -           Les vendredi 16, samedi 17 et lundi 19 décembre 2016 : publications de bandeaux et de pages noires dans les journaux ;
 -          A partir de demain jeudi 15 décembre : Une série de rencontres avec les Organisations professionnelles et les Associations de défense des Droits humains pour leur faire partager notre indignation ;
 -          Les mardi 20 et mercredi 21 décembre 2016, deux journées Presse-morte à observer par tous les journaux de l’opposition.
 
   Ces activités seront renouvelées jusqu’à ce que M. Lakpé et le CNP reconnaissent notre droit à la différence, cessent de les piétiner en violant la loi.
 Je vous remercie.
 
 Fait à Abidjan, le 14 décembre 2016
 
  Pour La Coalition des Journaux Bleus (CJB)
 
 La Voie Originale                    
 Cesar Etou

 Ajourd'hui
 Joseph Titi

 LG’Infos
 Le Temps
 Yacouba Gbané

 Le Quotidien d'Abidjan                                                                 
 Allan Aliali

 Le Nouveau Courrier
 Stephane Bahi





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