Le secrétaire général du Rassemblement des Républicains (RDR) s’est de nouveau signalé. Cette fois, Amadou Soumahoro, bien connu pour sa propension à la violence, est allé puiser ses mots dans le vocabulaire nazi. Au cours d’une conférence de presse qu’il a animée récemment au siège de son parti, il n’a pas hésité à employer les mots « nettoyer » et « aseptiser » pour faire comprendre toute la détermination du gouvernement à contrôler l’ouest de la Côte d’Ivoire. Des mots qui ne sont pas sans rappeler de forts mauvais souvenirs. Parce que tout commence par le langage, l’homme politique doit être à même, dans les propos qu’il tient, savoir garder la mesure, éviter, à travers son discours, de chauffer ses militants à blanc. Or, la récente histoire africaine retient que le génocide rwandais, qui a vu passer de vie à trépas près d’un million de Tutsis, s’est adossé préalablement sur un conditionnement psychologique. Avant de passer à l’acte d’extermination des Tutsis, il fallait faire admettre que les victimes n’étaient pas des humains, mais plutôt des « Iyenzis », entendez des cancrelats, qu’il fallait écraser du talon. Le message a été bien perçu par ses destinataires, et un déferlement de violence sans nom s’en est suivi. Toutes proportions gardées, nous sommes en Côte d’Ivoire presque dans le même schéma, en ce qui concerne l’usage d’un certain type de mots et de discours tendant à la réification de l’autre. Une chosification qui n’est pas sans arrière pensée macabre. Qui sont donc ces individus qu’Amadou Soumahoro se propose de nettoyer ? Quelle est cette région qu’il se jure d’aseptiser ? C’est connu, les grandes tragédies débutent toujours par des discours de haine. En la matière, il faut dire que le secrétaire général du RDR est le champion de Côte d’Ivoire toutes catégories. L’homme au bellicisme légendaire s’est déjà signalé dans ce registre, il y a de cela quelques mois, au cours d’un meeting à Daloa, place de la mosquée, un lieu pourtant hautement spirituel. « Nous n’allons plus accepter les arrogances du FPI. Oui, nous allons les mater. Ils oublient que tous ceux qui se sont attaqués à Alassane se trouvent au cimetière. S’ils nous attaquent, nous allons répliquer du tac au tac. Le RDR est né dans le feu, il a grandi dans la flamme et il est arrivé au pouvoir dans la boue. (…) » Un aveu fort évocateur. Et des propos graves mais qui avaient le mérite d’être clairs, car ils levaient toute équivoque sur la nature du personnage en preuve, et celle d’un parti où le culte de la violence est célébré au plus haut niveau et exécuté méthodiquement, sans état d’âme. Et dont les conséquences se font sentir sur le terrain, à travers le comportement des militants du RDR qui sont comme formatés pour casser, s’en prendre à leurs yeux, le crime de lèse-majesté de s’opposer au « mentor ». Rappelons-nous le meeting de rentrée politique organisé par le FPI à la place Ficgayo de Yopougon. Ce rassemblement n’avait pu aller à son terme, du fait des militants RDR et des supplétifs FRCI qui ont fait usage d’armes à feu pour s’attaquer
à des manifestants aux mains nues, dont le crime consistait à réclamer la libération du président Gbagbo incarcéré à la Haye. Une violence sans nom, comme le prône si bien Amadou Soumahoro, qui a provoqué la mort d’un militant FPI. C’est le lieu pour les organisations qui luttent pour la défense des droits de l’homme de regarder en direction d’Amadou Soumahoro, d’interpeller le secrétaire général du RDR sur la toxicité de son discours qui n’est pas de nature à ramener la paix en Côte d’Ivoire. Ce pays est sorti exsangue d’une guerre meurtrière. S’il devait retomber de nouveau dans cette tragédie à cause de l’irresponsabilité d’un certain type d’hommes politiques qui ne savent pas raison garder, ce serait cette fois la catastrophe. En tout état de cause, tous les idéologues de la violence, qui par leurs propos ont été ou sont à la base de massacres à grande échelle, n’ont pas échappé au verdict de l’histoire. Ils ont répondu ou répondent de leurs actes devant la justice internationale ou celle de leur pays. Le secrétaire général du RDR devrait retrouver la lucidité et tenir plutôt un discours civilisé. Ce d’autant qu’aucun pouvoir humain n’est éternel. Et que le plus fort n’est jamais assez fort pour demeurer le plus fort.
Jean Josselin