Après le cadre du RDR, qui interpellait le président Alassane Ouattara dans nos colonnes, la semaine dernière, contre certaines pratiques susceptibles de ternir l’image du pouvoir, une autre voix, cette fois en provenance des Forces nouvelles, se fait entendre dans une lettre au chef de l’Etat à travers laquelle elle attire son attention sur le mécontentement des ex-combattants non encore réinsérés après la crise.
La crise militaro-politique débutée le 19 Septembre 2002, a consacré en son temps la partition du pays en ex-zone CNO (centre-nord-ouest), dirigée de main de maître par Son Excellence Soro Kigbafori Guillaume et le Sud du pays sous contrôle des forces gouvernementales fidèles à l'ex-président Laurent Gbagbo. Les accords se succédaient dans l'objectif de trouver une solution définitive et pacifique à cette crise. C'est ainsi que nous avons connu Lomé I et II, Marcoussis, Accra I et II, Pretoria et enfin Ouaga. Il est bon de savoir que les 2 derniers accords susmentionnés, Pretoria et Ouaga, ont permis plus ou moins de créer un cadre de discussion et de franche collaboration entre les 2 ex-belligérants.
C'est au vu de l'échec de ces différents accords que l'ex-président Laurent Gbagbo proposa à son tour le dialogue direct dans le but de discuter directement avec les Forces Nouvelles (FN) et prendre en compte leur préoccupation. Voici comment est né l'accord de Ouaga. Ouaga a véritablement consacré le retour de la paix, la réconciliation entre le Nord et le Sud, Ouaga a boosté le processus électoral et l'amélioration du trafic entre le Nord et le Sud et cela sous l'égide du médiateur de la crise ivoirienne, le président Blaise Compaoré du Burkina-Faso. Plusieurs mesures ont été arrêtées à Ouaga mais nous désirons retenir celles qui fâchent aujourd'hui la plupart des agents et éléments des Forces Nouvelles, parce que non appliquées.
Au plan politique, d'office, le leader charismatique des FN devenait inéluctablement le chef du gouvernement ivoirien. Il forma un gouvernement de consensus et de large ouverture. Il acheva l'opération des audiences foraines jusque- là interrompue compte tenu des divergences exprimées de part et d'autres par les partis politiques. Il organisa avec brio l'identification. Ce que bon nombre d'Ivoiriens jugeaient irréalisable. A pas de tortue, le processus électoral a connu des avancées significatives jusqu'à son point final, qu'est l'organisation de l'élection du président de la République. Aussi, pendant la confiscation du pouvoir d'Etat par l'ancien régime, les FN sont venues à la rescousse pour rétablir la vérité des urnes.
Au plan scolaire, les enseignants volontaires devraient intégrer ce corps au regard des critères qu'il exige.
Au plan militaire, il a été convenu de l'entrée d'un bon nombre d'éléments des FN au sein de l'armée pour ceux qui le désiraient et qui remplissaient les critères de sélection d'une armée digne de ce nom. Quant aux autres, ils étaient reversés à la vie civile mais l'accord de Ouaga avait prévu leur réinsertion dans le tissu social à travers les programmes de réinsertion des structures habilitées (PNRRC...), y compris 500.000f à chaque démobilisé pour tout solde.
Au plan économique, dans le cadre de l'unicité des caisses de l'Etat, il a été décidé de l'entrée de 250 agents FN aux services des Impôts, 250 aux services du Trésor publique, 250 à la Douane et 250 aux Eaux et forêts. Cela a débuté sous l'ère Gbagbo avec 250 agents de la douane qui ont quitté les zones CNO pour Abidjan, pour remplir les formalités administratives à savoir l'authentification des diplômes et les visites médicales. Ils ont même eu droit aux séminaires de formation à Bouaké par les Douanes Ivoiriennes. Après les douaniers, les agents retenus au niveau des Impôts et du Trésor publique devraient suivre. Mais hélas, la date des élections présidentielles arrivant à grands pas avec ce que nous tous savons, cela a interrompu le processus d'intégration des agents et éléments des FN.
A l'analyse, le leader des FN a conduit avec maestria le processus électoral et ces corollaires de la crise post-électorale. Au niveau scolaire, avec tâtonnement, les enseignants volontaires ont pu intégrer la fonction publique. Notons que cela était déjà une réalité sous l'ère Gbagbo. Au plan militaire et économique, hormis un nombre insignifiant d'éléments FN dans l'armée et de la première vague de 125 agents de la douane en formation, les agents et éléments des FN constatent avec regret la non- application de ce qui leur revient de droit car issus de l'accord de Ouaga qui a permis l'arrivée des nouvelles autorités au pouvoir d'Etat. Si tel est que la crise post-électorale a interrompu le processus d'intégration et de réinsertion des agents et éléments des FN, maintenant que la normalisation est une réalité, les nouvelles autorités doivent mettre fin aux actes dilatoires et blessants qui fâchent, en accélérant ce processus, seul gage d'une volonté d'apaisement de leur part. Si le président Laurent Gbagbo à qui les FN étaient diamétralement opposées, a pu consentir tous ces efforts, les nouvelles autorités devraient être celles qui appliquent ces acquis sans arrière-pensée et sans faux-fuyants, car il a été toujours reproché aux FN d'être de connivence avec elles. Qui dans ce pays n'a pas entendu dire que RDR = FN ou que les FN sont la branche armée du RDR? Questions: les agents et éléments des FN mécontents voudraient savoir si les nouvelles autorités ont décidé d'être leur bourreau, ou bien si elles veulent sacrifier leur vie. Ou décident-elles d'être aujourd'hui leur oppresseur au vu de leur histoire commune récente? Des éléments des FN sont tombés l'arme à la main beaucoup parmi elles sont marquées à jamais physiquement, d'autres ont perdu des années d'étude, pour l'instauration d'une démocratie véritable en Côte d'Ivoire.
Nous, agents et éléments des FN mécontents, prions le président Henry Konan Bédié avec le plus grand respect et la plus haute considération, d'intercéder auprès de son cadet le président Alassane Ouattara pour que nos souffrances, nos misères, nos douleurs, nos blessures, nos frustrations, nos colères, nos humiliations, nos déboires prennent fin. Nous sommes vidés des maisons pour loyer impayé. La CIE et/ou la SODECI déposent nos compteurs, nos enfants sont chassés des classes, nos femmes perdent souvent la vie en accouchant, nos familles sont disloquées, nous ne mangeons plus à notre faim, tout cela par manque de moyen, car n'ayant plus de ressource.
Aux Corps diplomatiques accrédités en CI, nous vous exhortons d'intervenir auprès du président de la République pour une solution idoine et efficace, tenant compte des dispositions de l'accord de Ouaga. A son Excellence Soro Kigbafori Guillaume, nous vous présentons toutes nos excuses pour le désagrément que cette adresse peut vous causer. Mais sachez une chose, de jour comme de nuit, sous le soleil et sous la pluie, nous sommes de cœur avec vous, car pendant toutes ces dernières années, nous avions souffert ensemble le martyre, frôlant et côtoyant souvent la mort, oui la mort. Si nous ne vous avions pas consulté pour une telle adresse, vous nous aviez toujours enseigné de garder notre honneur et notre dignité quelle que soit la situation.
Mais Excellence, la réalité est tout autre et indescriptible, nous sommes devenus la risée de nos proches et de la société ivoirienne. En un mot, nous souffrons, nous n'arrivons pas à joindre les 2 bouts. Soyez indulgents envers nous et faites acte de beaucoup de compréhension à notre égard. Pardonnez-nous notre faute de ne vous avoir pas consulté pour cette adresse, mais il le fallait. Nous refusons d'être des braqueurs, des coupeurs de route, des voleurs, des bandits de grand chemin car tous ceux qui se comportent de la sorte ternissent votre image que des années de lutte ont permis d'acquérir.
Au Président Blaise Compaoré du Burkina-Faso, en sa qualité d'ancien médiateur de la crise ivoirienne, nous demandons d'intervenir auprès de son homologue ivoirien pour trouver une issue favorable à ces problèmes délicats, car c'est sous ses auspices que les FN ont obtenu ces acquis. A vous le président de la République, nous demandons de nous pardonner si nous vous avons écorché, mais ne permettez pas que nous regrettions l'acte de portée historique, oh combien de fois salutaire que nous avons posé pour l'instauration de la démocratie et de la justice. Oui, nous avons bel et bien dit justice car nous souffrons et nous sommes meurtris dans notre chair, que justice soit rendu. A la lumière de notre analyse, une réflexion bien menée et responsable s'impose à vous.
Merci d'avance Mr le Président pour votre compréhension.
Fait à Abidjan le 23 Juin 2012
Silué kolotcholoman Joseph