Tueries au camp de Nahibly – Le chef central de Duékoué : « Des corps ont été dissimulés »
Source : Le Nouveau Courrier : Dernière Mise à jour : 29/07/2012 (Auteur : Anderson Diédri)
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Une délégation de la Commission dialogue vérité et réconciliation (CDVR) conduite par Karim Ouattara, le conseiller chargé de la jeunesse du président de l’institution Charles Konan Banny, est arrivée ce jeudi 26 juillet à Duékoué, soit 6 jours après l’attaque du camp des déplacés de Nahibly qui a endeuillé encore une fois cette ville martyre. Ainsi, après avoir rencontré le préfet, les jeunes des différents quartiers, la délégation a fait un tour au quartier Carrefour – parce que, dira Karim Ouattara, des informations faisaient état de ce que ce village a commencé à se vider parce que des rumeurs d’une attaque imminente circulaient. Puis elle s’est rendue chez le chef central de Duékoué, le chef de canton Bah Tahé François, au quartier résidentiel de la ville à 18 heures 45. Il s’agissait, selon Karim Ouattara, d’apporter la compassion de la Commission et du Premier ministre Charles Konan Banny aux victimes, car «les cœurs sont meurtris». «Notre mission d’aujourd’hui, c’est de faire en sorte que ceux qui sont morts soient enterrés dignement et qu’en leur honneur, qu’on puisse marquer un point final au cycle de violence qui sévit sur place. Toute perte en vie humaine doit pouvoir nous donner [une] leçon», dira Karim Ouattara. «Ces personnes qui sont mortes sont des morts de trop», s’est indigné le conseiller de Charles Konan Banny. Le chef central de Duékoué s’est pour sa part dit heureux de cette mission qui vise à faire baisser la tension et recoller les morceaux du processus de paix qui s’enlise avec ce genre de situation. Il a félicité le conseiller de Banny d’être là «pour parler à toute la jeunesse de Duékoué dans sa diversité, afin qu’elle comprenne le bien-fondé de la paix, le bien-fondé de la cohabitation».

Toutefois, il n’a pas utilisé la langue de bois pour décrire le drame qu’a vécu et continue de vivre les populations Wê depuis l’attaque du camp des déplacés le vendredi 20 juillet dernier. «Le Guéré est compliqué quand il y a la mort. Il peut pleurer son mort pendant un an durant. Mais pour qu’il arrête de pleurer, il faudrait qu’il ait l’occasion de voir les morts. Mais quand il est disparu, c’est beaucoup plus compliqué. Est-il mort ? N’est-il pas mort ? (…) Ces mamans qui sont là, ont toutes leurs enfants qui étaient sur le site et qu’aujourd’hui on ne retrouve pas. Alors elles pleurent tout le temps. Parce que ne pas retrouver son enfant, c’est un problème délicat (…) C’est regrettable que cela arrive et je souhaite que les jeunes comprennent la mission que vous êtes en train de mener et qu’au sortir de cette mission, Duékoué puisse reprendre. Si on peut retrouver les corps, ce serait bon. Que les gens comprennent que même en allant sur les sites pour regarder, ce n’est pas pour faire des histoires, mais c’est pour essayer de chercher les corps dissimulés un peu partout qu’on n’a pas pu prendre. Parce qu’on a pu avoir accès seulement à l’intérieur du site. L’extérieur du site n’a pas été autorisé. C’est pourquoi les parents continuent de pleurer parce qu’ils supposent encore que les corps sont à l’arrière plan, un peu partout, même dans les puits et dans les trous. Aidez ces vieilles personnes à retrouver  les corps pour faire le deuil de la mort de leurs enfants», dira le chef de canton qui avait à ses côtés plusieurs mères dont les enfants sont portés disparus. Au nombre de celles-ci, la génitrice du jeune Téhé Alain qui nous a confié qu’elle a fait le tour de tous les camp des FRCI, de police et de gendarmerie sans avoir pu découvrir les traces de son fils jusqu’à ce jour. «Je me ferai fort de porter cette doléance au préfet», a répondu Karim Ouattara. Pourtant, le chef nous avait confié peu avant cette rencontre que le préfet Benjamin Effoli avait été déjà saisi. Mais apparemment, la disparition du jeune homme ne le préoccupe nullement.
En tout cas, cette visite du conseiller de Banny à Duékoué vaut son pesant d’or. Elle a permis aux langues de se délier. Toutefois, elle risque de ressembler à une tempête dans un verre d’eau. Car, nous disait une source sur place, «ces jeunes qui sont allés attaquer le camp de Nahibly participent régulièrement à des programmes de paix et de cohésion sociale. Et certainement qu’ils étaient dans l’assistance. Mais cela ne les a empêché d’aller commettre des massacres sur le camp». Comme pour dire que la CDVR prêche dans le désert ! Par ailleurs, le chef de canton n’a pas caché son indignation, dans un entretien peu avant la rencontre, face à la polémique relative au nombre de victimes de la descente punitive contre les déplacés wê. Peu après l’attaque, explique-t-il, il s’est rendu sur le site accompagné de l’Onuci où il a pu dénombrer lui-même 13 corps. Ce qui bat en brèche le chiffre de 6 personnes tuées véhiculé à dessein par les autorités.
 
Par Anderson Diédri





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