Me Jean Serges Gbougnon, avocat : « Voici ce dont souffre Gbagbo »
Source : Le Nouveau Courrier : Dernière Mise à jour : 29/07/2012 (Auteur : Anderson Diédri)
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A moins de vingt jours du début de l’audience de confirmations des charges à La Haye, Me Jean Serges Gbougnon, membre du collectif des avocats du président Laurent Gbagbo, donne des nouvelles de son client et rassure, dans une interview accordée à l'agence de presse Alerte Info. Il évoque également la question d'un éventuel report de l'audience de confirmation des charges, se prononce sur le refus de la liberté provisoire décidé par la juge Silvia Fernandez de Gurmendi de la Cour pénale internationale (CPI), et réagit aux dernières polémiques agitées par le RDR, parti d'Alassane Ouattara.

Comment se portait l’ex-président Gbagbo quand vous l’avez rencontré à la mi-juin, moralement et psychologiquement ?  
Je l’ai vu effectivement, il se porte très bien. Je veux dire moralement, psychologique, ça va bien. Sauf qu’il continue de se plaindre des douleurs aux poignets. Le kinésithérapeute vient deux fois par semaine pour lui faire des séances de rééducation.
 
Il souffre de quoi exactement aux poignets ?
 
C’est une arthrose. Vous savez, il est resté longtemps enfermé à Korhogo (nord ivoirien); il n’a pas 15 ans ! Sinon, globalement, il a meilleure mine que quand il était en Côte d'Ivoire. Il a toujours son humour et son humeur, toujours de bonne humeur. Les gardes me disaient qu’ils sont étonnés qu’il soit en train de rigoler tout le temps. Il a toujours le moral.
 
Par rapport à l’audience de confirmation de charges, comment réagit-il ? 
Il réagit comme toute personne qu’on va juger. Il attend l’audience de confirmation des charges avec sérénité. Il travaille chaque fois sur la question avec ses avocats.


Le Conseil des avocats a-t-il demandé un second report de cette audience, déjà renvoyée du 18 juin au 13 août ? 
Ce n’est pas exact. C’est un délai supplémentaire qu’on a demandé pour la production d’un certain nombre de pièces. C’est un peu technique. Ce n’est pas une demande de renvoi de l’audience. Il se pourrait peut-être que ça ait une incidence sur la date de l’audience.
 
Mais la cour n’a pas encore répondu à cette demande ? 
Non ! En tous cas, jusqu’à hier (lundi, ndlr), mes confrères ne m’ont pas encore envoyé la réponse de la cour.
 
Qu’est-ce qui s’est passé pour que la liberté provisoire soit refusée à votre client ? 
Quand vous adressez une demande de mise en liberté provisoire à la cour, elle apprécie et décide d’accorder ou de ne pas accorder. C’est parce que le procès de Gbagbo est un procès médiatisé. Sinon, c’est des choses qui arrivent tout le temps dans le cadre normal d’une procédure.
 
Avez-vous espoir que Gbagbo bénéficie de cette liberté un jour ?


 J’ai espoir qu’on dise qu’il n’est pas coupable de tout ce dont on l’accuse. C’est vrai qu’on ne va pas cracher sur une liberté provisoire puisque nous en avons fait la demande. Mais en tout état de cause, ça n’enlève rien à notre conviction.
 
En même temps que vous demandez un report, vous voulez une liberté provisoire. Le Rassemblement des républicains (RDR, parti au pouvoir) a dénoncé cette attitude. Que répondez-vous ? 
Je ne suis pas comptable des affirmations du RDR. Je suis avocat, je fais mon travail ; le RDR est un parti politique. Je ne sais pas sur quoi il se fonde pour faire ces déclarations. Je dis simplement que nous, nous ne faisons pas d’amalgame. Nous avons demandé pas un renvoi de la procédure mais plutôt un délai supplémentaire pour un certain nombre de pièces. Maintenant, ce que le RDR dit sur la question n’engage que lui.
 
Mais il dit aussi que les avocats font du dilatoire pour s’enrichir sur le dos de M. Gbagbo. 
Ça n’engage que le RDR. Il a une sorte de nébuleuse, de polémique sur les frais qu’allouerait la CPI. Ces frais ne sont qu’une aide. Et une aide n’est jamais suffisante. Les gens ne connaissent même pas le mécanisme de financement. La CPI ne distribue pas des chèques ni d’espèces sonnantes et trébuchantes aux avocats. Il y a un certain nombre de frais qui sont pris en compte ou du moins qui doivent être pris compte par la CPI. Si par exemple, je devais aller faire une mission dans tel ou tel endroit, en principe la cour devrait prendre ça en charge. Mais généralement, vous préfinancez et après avoir produit des justificatifs, elle vous rembourse. Les gens pensent qu’il y a des millions là-bas et chaque matin, vous passez et on vous signe un chèque.
 
Mais vous avez dit que la CPI ne distribue pas de chèques ni d’espèces trébuchantes. Comment ça se passe alors quand vous produisez des justificatifs ?


 Dans l’entendement des gens, il y a 50 millions de FCFA qui sont disponibles et quand tu vas, tu tends la main et on te donne l’argent. Les militants du RDR ne sont pas les seuls à réfléchir comme ça. Même ceux de l’autre camp pensent aussi que les avocats sont en train de crouler sous beaucoup de milliards de FCFA.
 
Combien la CPI a déjà remboursé jusque-là ? 
En vous répondant, je serai obligé de dire ce qu’on a fait et ce qu’on n’a pas fait. Ce que je n’ai pas envie de vous dire. C’est vrai qu’il y a des avocats qui ont des rémunérations mais ce n’est pas tout le monde. Il s’agit du Conseil titulaire, suppléant et le chease manager qui sont rémunérés mensuellement par la CPI. Moi, je ne suis pas dedans.
 
Le 13 août, comment le préparez-vous ? 
Ça va se passer de la même manière que toutes les audiences de confirmation de charges. Le bureau du procureur va tout faire pour démontrer que les charges contre le président Laurent Gbagbo sont assez suffisantes pour aller à un procès. Nous nous allons démontrer le contraire. Et la cour va décider.
  
[Source ALERTE INFO]





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