Après les attaques d'Agboville: Le ministre de la Défense et les chefs se disent les vérités La position de la jeunesse
Source : L'Inter : Dernière Mise à jour : 28/01/2013
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Échanges vifs mais francs entre le ministre auprès du président de la République, chargé de la Défense et les populations d’Agboville.
Samedi 26 janvier dernier dans la capitale de l'Agneby-Tiassa, précisément à la salle des fêtes de la mairie, le ministre Paul Koffi Koffi a, en effet, répondu aux accusations de « mauvais traitements » infligés par les éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (Frci) aux populations du village de Grand Yapo le 16 décembre 2012, en représailles à l’attaque du poste d’observation des Frci à Ery-Makouguié, ce même jour.

Les chefs de villages d'Agboville n'ont pas manqué, à cette occasion de dire leur « indignation et leur déception » face à ce qui s'était passé. « Pourquoi nos enfants doivent-ils payer pour des actes qu’ils n’ont pas commis, et cela sous le prétexte que des assaillants se seraient réfugiés dans le village après l’attaque ? », s’est indigné Nanan N’Dori Joseph, 1er vice-président du conseil supérieur des rois et chefs traditionnels de Côte d’Ivoire, section Agboville et chef du village d’Odoguié.

L’autorité traditionnelle s’est dite profondément meurtrie par les actes de « brutalité inqualifiable » infligés aux jeunes, enfants, vieillards, qui ont été, selon lui, « molestés, traînés sur le bitume chaud avant d’êtres dépouillés puis volés » par des forces régulières censées protéger ces mêmes personnes. « Est-ce une nouvelle stratégie militaire ?», a ironisé le chef N’Dori, qui a déploré face au ministre que depuis ces malheureux événements, un traitement spécial est imposé aux voyageurs sur l’axe Azaguié-Agboville. La réponse du ministre Koffi Koffi à l’intervention des chefs sera foudroyante. « Nos chefs parlent de difficultés pour aller à la réconciliation et à la paix à cause de la répression de nos hommes. En fait, ce qui s’est passé, dira le ministre, c’est qu’après l’attaque, les assaillants se sont enfuis vers Grand Yapo, dans les forêts de Grand Yapo. Les populations ne le savent pas et nous on vous donne l’information aujourd’hui », a déclaré le ministre de la Défense. « Si un voleur sort de chez vous et que dans sa poursuite, l’on vous dit qu’il s’est dirigé vers le marché, que faites-vous ? Vous rentrez dans le marché, vous fouillez partout et vous pouvez ne pas le trouver. C’est possible. De deux choses l’une ; soit quelqu’un l’a pris et caché, soit il est parti. Mais, moi, il faut que je fouille le marché et c’est ce que nous avons fait. Voilà c’est ce qui s'est passé. Je suis désolé pour les populations de Grand Yapo, si elles ont été victimes de bousculade de nos hommes. C’est pourquoi on vous dit que la guerre et les attaques, ce n’est pas bon. On a tué des soldats à Ery-Makouguié, quand je suis arrivé, vous auriez pu aussi me présenter les condoléances (...) », a martelé le ministre.

Concernant l’attaque de Kopa, dans la nuit du 14 au 15 septembre 2012, Paul Koffi Koffi a révélé que ses hommes ont essuyé des tirs d’assaillants camouflés dans la forêt. Au nom de la jeunesse, Mao Denis, président départemental du Cojep, a affirmé que la jeunesse d’Agboville ne se reconnaît pas dans les attaques. Il a déploré les actions de « représailles systématiques et sans enquêtes, a priori » des Frci dans les villages chaque fois qu’il y a une attaque.

Selon lui, les jeunes à Agboville, sans distinction de bords politiques, cohabitent au sein d’une coalition dite pour le maintien de la paix. Et cela bien avant la crise postélectorale. « C’est ce qui a permis d’éviter un bain de sang », a fait remarquer Mao Denis. Il a déploré les représailles menées par les Frci dans les villages d’Ery-Makouguié et Yapo pour répondre à une attaque. « Ces actes nous enlèvent tout argument d’appeler à la paix et la réconciliation. Qu'a fait le village d’Ery-Makouguié? Le tort des populations est-il d’avoir un corridor dans leur village ?», s’est-il interrogé ? A la fin de la cérémonie, le ministre qui avait à ses cotés le préfet de région Bako Privat, a promis de s’entretenir avec la chaîne de commandement sur place. Car , a-t-il relevé, les forces de sécurité doivent pouvoir fraternité avec la population pour faciliter le renseignement.


Jean-Yves BOKA
Correspondant régional





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