Charles Blé Goudé : Un agent de la Dst ghanéenne livre les secrets de l’extradition
Source : LG Infos : Dernière Mise à jour : 28/01/2013
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La presse en a fait ses choux gras. La colère ne cesse de gronder chez ses proches. L’épilogue du feuilleton Blé Goudé n’est pas certainement encore proche. Une chose est sûre. L’ex-leader de la galaxie patriotique est aujourd’hui sous les fourches caudines du pouvoir Ouattara. Menotté face aux cameras des nouveaux maîtres, son regard interroge et l’on s’interroge sur son regard. Est-il supplicié pour avoir freiné par ses manifestations de rue l’appétit gargantuesque des tenants actuels du pouvoir ? Joue-t-il sa note dans un synopsis à forte odeur de «deal» bien ficelé avec le pouvoir ? La première salve est venue de Touré Moussa Zéguen, fondateur du défunt et très craint Groupement des patriotes pour la paix (Gpp). «Blé Goudé voulait une action rapide et d’ailleurs il a eu le temps de bien faire tout son bagage avant de prendre la route avec ses amis ravisseurs. Les autorités ghanéennes qui ne sont pas opposées à un retour volontaire ne peuvent donc pas faire des commentaires désobligeants pour une affaire ou le concerné part avec le sourire aux lèvres…», note Touré Zéguen, optant pour une thèse de trahison, avant de remettre une louche de vitriol. «… Les Ivoiriens se souviennent que Hamed Bakayoko et Blé Goudé ne sont pas à leur premier coup…Souvenez-vous depuis la Fesci…Souvenez-vous que Blé Goudé avait quitté le premier, la Côte d’Ivoire en mars 2011, donc il peut rentrer le premier au pays pour respecter son rang et sa classe…», enfonce-t-il le clou. Comme il fallait s’y attendre, cette sortie a provoqué un raffut de mécontentement dans le premier cercle de Blé Goudé. Et la réplique est venue de Richard Dakoury, l’ex-patron de l’ex-mythique place la Sorbonne au Plateau. «C’est avec amertume que j’ai pris connaissance des analyses et commentaires de ces polémistes qui ne sont pas à leur première méchanceté gratuite. Là où les Ivoiriens attendent qu’ils soient solidaires de leur camarade de lutte, ils prennent le malin plaisir comme à leur habitude de fantasmer sur le malheur des autres par un rituel de verbigération inqualifiable», confiait-il à Lg Infos. Avant de conclure à une «une saga politico-judiciaire». Le moins qu’on puisse dire, c’est que le pouvoir Ouattara doit se frotter en ce moment les mains. Pour avoir réussi à fissurer la muraille Pro-Gbagbo en pêchant dans les eaux ghanéennes un gros poisson. Le Ghana qui s’est muré dans un silence bavard aux premières heures de ce storytelling a fini par lever un coin de voile. «(…) Pour avoir le cœur net sur leur sécurité au Ghana après l’affaire Blé Goudé, la coordination du Fpi a rencontré les autorités ghanéennes, mercredi 23 janvier 2013 en fin d’après-midi, pour que la lumière soit faite sur cette affaire. Les autorités ghanéennes et la direction générale de la police ghanéenne ont rassuré la forte délégation ivoirienne, que jamais le Ghana n’extradera un Ivoirien vivant sur son territoire. Toutefois, elles ne peuvent s’opposer à la volonté d’un exilé, qui désire rentrer dans son pays, ont-elles annoncé.» écrit Watchard Kédjébo Kédjébo sur son mur. De là à souscrire à la thèse d’un «deal», il y a un pas que l’ex-potentiel candidat aux législatives à Diabo s’est gardé de franchir. C’est pourquoi il s’est insurgé contre une certaine presse qui a voulu le classer dans le camp des partisans d’un «deal» entre Blé Goudé et le pouvoir Ouattara. Dans ce concert de commentaires, où on tire à hue et à dia, un agent des services secrets ghanéens a bien voulu éclairer la lanterne des Ivoiriens. «Non, Blé Goudé n’a pas arrangé son extradition, même s’il est indéniable qu’il était en contact avec certaines autorités ivoiriennes pour le rôle qu’il pouvait jouer dans la réconciliation», assure-t-il. Et la Grande oreille de poursuivre pour dire que l’affaire Blé Goudé remonte à feu Atta Mills. Qui, en aucun cas, ne voulait remettre un exilé aux autorités ivoiriennes. Son successeur John Dramani a-t-il trahi ce serment ? «Non», rassure notre informateur. Selon lui, le cas Blé Goudé comportait des épines. Sous sanction onusienne, le président du Cojep, durant son séjour ghanéen, n’a demandé aucun document administratif. Il a volontairement opté pour l’anonymat, histoire de ne pas alerter les services secrets ivoiriens et même français, sous les ordres de Nicolas Sarkozy, ancien Président français, qui étaient à ses trousses. Demander un titre de réfugié au Ghana pouvait accroitre la pression sur les autorités ghanéennes compte tenu de la sanction onusienne d’interdiction de voyager. Les autorités ghanéennes fermaient l’œil sur cette présence car officiellement armées à la contester. Mais le hic, c’est que des informations d’assassinat de Blé Goudé sont parvenues aux oreilles des autorités ghanéennes. Que diront-elles si Blé Goudé venait à être assassiné sur leur sol ? Rien. Puisqu’elles ont soutenu mordicus que le Général de la rue n’est pas sur leur sol. Le dilemme est devenu cornélien pour John Dramani. Qui, dit-on, a feuilleté les annales de l’histoire et y a trouvé deux cas : Les cas Laurent Gbagbo et Ben Barka. Mehdi Ben Barka était un homme politique marocain, principal opposant socialiste au défunt roi Hassan II et leader du mouvement tiers-mondiste et panafricaniste. Le 29 octobre 1965, devant la brasserie Lipp à Paris, Ben Barka fut enlevé et son corps ne fut jamais retrouvé. Laurent Gbagbo lui avait quitté la Côte d’Ivoire en 1982, en catimini, via le Burkina-Faso, et avait trouvé l’asile en France. Mais en 1988, la droite cornaquée par l’inénarrable Jacques René Chirac avait remporté les législatives et devait cohabiter avec feu François Mitterrand. Laurent Gbagbo a été contraint par la droite de regagner la Côte d’Ivoire pour ne pas avoir «une deuxième affaire Ben Barka». La menace d’assassinat était réelle. Instruit de ces deux faits, le président ghanéen a décidé à son corps défendant de livrer Blé Goudé en faisant d’une pierre deux coups. Primo, montrer patte blanche dans la relation glaciale, voire polaire dans l’axe Abidjan-Accra. Deuxio, se prémunir contre une opération sombre des nervis du pouvoir d’Abidjan. Pour tout dire par un mot, Blé Goudé était certes en contact avec le pouvoir d’Abidjan, via ses nombreux amis. Mais son extradition n’est pas le couronnement d’une discussion entre lui et Hamed Bakayoko. En clair, il a été court-circuité par la realpolitik. Judas ou Jésus ? «Ni ange, ni démon», tranche notre source.
Tché Bi Tché, tbt552@yahoo.fr




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