Affaire Blé Goudé, discussion Fpi-pouvoir… Les 4 vérités de Richard Dakouri
Source :  Le Temps : Dernière Mise à jour : 31/01/2013
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Richard Dakouri, le président de l’Observatoire des opprimés de Côte d’Ivoire se prononce, à travers cette interview, sur l’affaire Blé Goudé et les discussions entre le Fpi et le régime.

Quel sentiment vous anime après l’arrestation de Charles Blé Goudé ?

je suis beaucoup préoccupé pour la vie de Charles Blé Goudé que les avocats jusque-là, n’arrivent pas à localiser. Nous voudrions par votre canal, exiger des autorités ivoiriennes, des garanties pour son intégrité physique et morale. Audelà de toutes ces tensions et difficultés que nous endurons, nous restons focalisés sur l’objectif principal.

Lequel ?

La libération du Président Laurent Gbagbo et de tous les prisonniers injustement incarcérés. dans ce scénario, le sentiment de peur n’a plus sa raison d’être. On est déjà dans la marre et il faut se relever et se battre pour le triomphe de la vérité et de la démocratie en Côte d’Ivoire.

Selon vous, pourquoi les Ivoiriens sont restés sans réaction ?

Comprenez cher ami, que le déroulé des faits et le récit rapide des soi-disant leaders ont créé la confusion dans l’esprit des ivoiriens. Pendant que les responsables de la coordination des exilés m’appelaient pour en savoir d’avantage, pendant que nous nous interrogions sur l’arrestation de notre leader, des camarades avec une rapidité incroyable, ont su en quelques minutes, le même jour, établir l’existence d’un deal. Les ivoiriens sont aujourd’hui curieux de savoir le contenu de ce deal auquel ils ont certainement participé. En réalité, ces individus qui ont entretenu le flou étaient dans le plan conçu à Abidjan.

Quel était ce plan ?

Les chefs d’Etat de la Cedeao se réunissaient le vendredi 18 janvier 2013 pour se pencher sur le dossier malien. Cette rencontre devait se passer dans le calme et la sérénité. Connaissant la popularité de celui qui venait d’être extradé, il fallait s’attacher les services de certains de nos camarades disposés à agir d’intelligence avec Abidjan pour éviter que le peuple se soulève et n’attire le regard de la communauté internationale qui était à l’écoute des décisions de la Cedeao. Toute la presse internationale s’était massée à Abidjan pour l’évènement. dans ces conditions, le pouvoir d’Abidjan ne pouvait pas prendre de risque. Vous imaginez la tournure que cela aurait pu prendre au niveau médiatique ! C’est en ce moment que le rôle joué par nos camarades sera déterminant quant à la suite des évènements. Ils ont réussi à tuer dans l’œuf tout soulèvement populaire  à travers le montage grossier qu’ils ont su servir aux ivoiriens qui pour certains, sont tombés dans le piège de l’intoxication. Ces individus bien identifiés qui ont mangé le pain de la trahison ont déjoué avec dextérité, le premier soulèvement des ivoiriens. Sinon comment comprendre qu’ils aient été aussi prompts à réagir sans prendre la peine de vérifier les informations. En de pareilles circonstances, ils auraient dû faire preuve de compassion, s’il était vrai qu’ils considéraient Charles Blé Goudé comme leur camarade de lutte. je les invite désormais à la retenue.

Charles Blé Goudé est accusé de crime de guerre, de détournement de bien public, de viol, de crime de génocide etc. Quel commentaire ?

Toutes ces charges accablantes ne peuvent pas être mises à l’actif de Charles Blé Goudé. La seule arme dont il se sert, est la parole. Il a toujours revendiqué le combat aux mains nues. Il ne s’y est jamais dérobé. Et c’est connu de tous les Ivoiriens y compris la communauté internationale. Il a conduit avec brio le processus de réconciliation qui a fait de Guillaume Soro le Premier ministre du Président Laurent Gbagbo. L’Onuci dont le rôle est d’appuyer et d’accompagner ce processus est restée inactive. Au lieu de participer concrètement à réconcilier les Ivoiriens, elle s’est contentée de grandes affiches dans les différents artères d’Abidjan. Cette organisation
doit être le témoin à décharge. Car elle en sait assez sur les acteurs qui ont construit et favorisé la paix en Côte d’ivoire. Notre ami n’est nullement concerné par les faits qui lui sont reprochés. La justice ivoirienne doit plutôt chercher ailleurs. Et elle sera très bien servie, car ceux qui répondent à ces critères et qui peuvent porter ce fardeau sont nombreux en Côte d’ivoire. S’il y’a quelqu’un à primer pour la paix, c’est bien Charles Blé Goudé.

Les crimes qui lui sont reprochés sont liés à la crise postélectorale…

Quand on regarde bien le chapelet des charges retenues contre lui, vous observerez la symbiose d’amalgames et de contradictions qui frisent le ridicule. Il est accusé de crime de génocide, de tentative d’élimination d’un groupe religieux, de tentative d’élimination d’un groupe ethnique. Je voudrais souffler et m’arrêter là pour une petite observation. Cher ami, le crime de génocide est une notion récente puisque ce n’est qu’à partir de la deuxième moitié du 20e siècle qu’elle a fait son apparition. Un tel concept est apparu eu égard à la nécessité de qualifier et de punir une catégorie de crime qui, jusque-là n’avait jamais été déterminée. Le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ciaprès commis dans l’intention de détruire en tout ou en partie un groupe national, ethnique, religieux ou racial. Comment le juge d’instruction peut-il charger Charles Blé Goudé de crime de génocide et également de tentative d’élimination d’un groupe religieux et ethnique ? Il est ici, accusé de crime contre un groupe religieux et ethnique, qui rentre dans le champ définitionnel du crime de génocide. Que le juge opère un choix. voyez-vous, l’empressement du juge à vouloir manger du Charles Blé Goudé l’a conduit à équivoquer et amalgamer sur une notion pourtant clairement définie. Les charges retenues contre lui sont à mettre à l’actif des politiciens paralysés par l’émotion de vengeance. Malheureusement, la pauvre justice sert d’exutoire pour assouvir leur dessein passionnel.

Croyez-vous encore à la réconciliation ?

Il ne s’agit pas de croire, mais d’analyser sans passion les actes du pouvoir en place. Une dynamique a été engagée à dakar sous les auspices du Président sénégalais, qui s’était donné corps et âme pour servir de facilitateur dans la crise ivoirienne. C’est ainsi qu’une délégation de pro-Gbagbo conduite par le président par intérim du Fpi, le professeur Miaka Ouretto s’y est rendue pour échanger avec l’illustre hôte sur le dossier de la réconciliation. Pendant que nous sommes en attente d’un autre rendez-vous pour entamer les discussions avec le régime d’Abidjan, grande fut notre surprise de constater le double jeu du pouvoir qui, comme à son habitude trouve toujours le moyen de paralyser tout effort de réconciliation. Il est à noter que j’y étais pour représenter Charles Blé Goudé qui tenait absolument à cette voie qu’il disait être la seule issue pour une paix durable. Cette arrestation de trop nous éclaire sur la volonté réelle du gouvernement ivoirien de privilégier la vengeance comme la solution du ‘’vivre ensemble’’. La réconciliation se conjugue désormais en Côte d’ivoire en emprisonnement, en expropriation abusive des pro-Gbagbo et au rattrapage ethnique dans l’administration. Elle devient un jeu de poker où celui qui bat les cartes l’utilise à bon escient pour dépouiller l’adversaire et présenter au reste du monde la noblesse du jeu. Alors qu’en réalité il est truqué d’avance.

Le Fpi entame actuellement des discussions avec le gouvernement, Selon vous peuvent-elles aboutir ?

Il est toujours bon d’aller à des discussions quand on vous y invite. C’est ce que le Président Laurent Gbagbo nous a enseigné. Il y a longtemps que nous sommes dans cette dynamique. Le Fpi a toujours participé au dialogue depuis le temps d’Houphouët jusqu’à feu le général robert Guéi. L’aboutissement heureux des discussions entre les deux parties reste une équation très difficile, au regard du climat social et politique délétère entretenu par le régime en place. Cher ami, les discussions engagées par le pouvoir en place participent de la théâtralisation de la scène politique pour distraire leurs amis qui voudraient se donner bonne conscience.

L’opposition significative pourra-t-elle participer aux futures élections municipales et régionales ?

Le Président Laurent Gbagbo est en prison à La Haye, toutes les intelligences du Fpi et potentiels candidats sont pour certains en prison et pour d’autres en exil, Les avoirs des pro-Gbagbo sont gelés. L’institution chargée de l’organisation des élections est désuète parce qu’inadaptée aux nouvelles réalités. dans ces conditions, avec qui le pouvoir voudrait- il aller à la compétition électorale ? En fait la coalition au pouvoir ne veut pas du Fpi aux élections. Ils ont peur de connaitre leur vrai poids politique dans un environnement apaisé où les règles du jeu sont respectées.

Interview réalisée par : Yacouba Gbané
yacou06336510@yahoo.fr





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